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Des masques face à l’urgence !

Quelle tornade depuis la semaine passée à l’atelier ! Une tornade que nous n’avions pas anticipée, et pour cause, j’étais occupée à naviguer dans les eaux faussement placides de l’administration et des démarches à réaliser pour faire face à la crise tant bien que mal.

Cet article ne sera pas une redite des informations disséminées çà et là par les blogs ces derniers jours et il ne s’agit pas non plus d’entrer dans le détail exhaustif de ces dernières. Je pense que vous avez eu votre lot d’informations, bien plus que de raison sur les différents réseaux sociaux et les médias. Néanmoins, cet article ne sera pas concis et je m’en excuse par avance.

Face aux appels téléphoniques, aux emails et aux messages InstaDirects très nombreux depuis la semaine passée, un constat s’est imposé à moi au-delà du stress et de l’angoisse : le tâtonnement, l’incertitude ambiante & le malaise.

C’est le mot à retenir, le mot que vous vivez en tant que personne confinée mais que l’on vit aussi au sein même de l’industrie textile et de l’industrie de la confection : le tâtonnement ! Nous pouvons même le conjuguer à toutes les personnes de l’indicatif.

Suite à la parution de documents estampillés AFNOR ou IFTH et à l’annonce du port du masque pour tous, les inquiétudes, les incompréhensions mais aussi la volonté & la mobilisation ont su être les mots d’ordre.

Je vous propose de remettre les choses en contexte car il y a trop de Fake news et de désinformations/ou absence d’informations qui circulent au sujet des masques. Il est temps de partager avec vous l’envers du décor, côté industriel du textile.

Homologation – Certification – Normes ?

Dès le 11 mars (oui, avant la mise en place du confinement !?), a été initié un groupe de travail interministériel « masques » piloté par le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale. Sous l’impulsion du CSF (Comité Stratégique Filière mode & luxe), de la DGE (Direction Générale des Entreprises), du Ministère de l’Economie et des Finances & de la DGA (Direction Générale de l’Armement),  a été mis en place une mobilisation des entreprises de la filière industrielle textile & confection au sein du groupement « Savoir-Faire ensemble » (dont l’ancien nom était le groupement masques du CSF) qui regroupe plus de 700 entreprises françaises afin de mettre en place une capacité de production locale pour réaliser des masques UNS (environ 1.6 millions/jour), et pour réaliser des blouses (environ 100 000/jour – les besoins sont de 2 millions). Vous retrouverez aussi dans ce regroupement les pôles de compétitivité EuraMaterials  & Techtera.

Ces organismes doivent réaliser :

  • un soutien technique auprès des industriels, notamment en nous donnant le « La » et l’orientation à prendre dans le développement des masques UNS (à Usage Non Sanitaire) ; en communiquant des préconisations sur les assemblages de matériaux performants,
  • une analyse des données grâce à la compilation des rapports DGA et la comparaison des matières,

L’IFTH avec la DGA ont mis en place des tests pour les matières & les masques afin d’établir leur efficacité et leur catégorie face à 2 critères :

  • la perméabilité à l’air (arrive-t-on à respirer avec le masque plusieurs heures sans avoir l’impression de s’étouffer ?)
  • la filtration des particules (le masque/la matière retient-elle les particules de 3 microns ? Si oui, combien de % ? est-ce toujours performant après 5 ou 10 lavages ?)

Les résultats de ces tests permettent de :

  • refuser les matières (assemblées en 2 ou plusieurs couches) ou les prototypes de masques soumis
  • accepter en Catégorie 1 ou Catégorie 2 les matières ou masques

Contrairement à ce que l’on voit passer comme informations, ni l’AFNOR ni l’IFTH/DGA ne réalisent d’homologation de matières ou de prototypes de masques. Il s’agit uniquement pour l’IFTH/DGA d’évaluations et pour l’AFNOR de préconisations ou SPEC. Au risque de vous surprendre, il n’existe pas de certification de la part de quelque organisme que ce soit comme par exemple l’AFNOR. Il n’y a dans les documents que l’on peut télécharger que des recommandations, des préconisations qui n’ont pas valeur de normes.

Vous ne trouverez donc pas de masques UNS homologués AFNOR ou certifiés IFTH/DGA. Les masques & matières UNS 1 ou UNS 2 sont uniquement approuvés par une évaluation IFTH/DGA.

Des masques UNS

Dès le départ, la volonté de ce groupement a été de créer et de proposer des masques substitutifs non médicaux à destination des salariés essentiels (UNS 1) puis, lors du déconfinement, du grand public (UNS 2).

Ces masques n’ont pas d’autorisation sur le marché pour satisfaire à la protection du personnel médical, tout simplement car un masque UNS est confectionné et porté pour protéger les autres et non pour se protéger du covid-19.

La catégorie 2 signifie que le masque est OK pour la respiration. Vous pourrez le garder plusieurs heures sans sensation d’étouffement. Il ne présente qu’une protection aux projections comprises entre 70% et 90%. Ce masque de protection est destiné à tous les publics hors professionnels de la santé et les métiers nécessaires.

La catégorie 1 concerne les masques destinés aux professionnels en contact avec le public (transporteurs, hôtes/hôtesses de caisse, …) de travailleurs dont l’activité est essentielle hors secteur de la santé. Il permet bien évidemment de respirer et garantit une protection aux projections de 3 microns entre 90% et 95%.

Vous trouverez ces masques sous les appellations UNS 2 et UNS 1 prochainement (nous y travaillons tous d’arrache-pied).

Vous êtes une collectivité locale ? Une entreprise à l’activité essentielle ? Une école ? Vous avez besoin de masques sûrs et garantissant la protection de tous ? RDV sur le site internet du Groupement Savoir-Faire Ensemble ! Il y a un formulaire dédié pour faire votre demande de masques : https://savoirfaireensemble.fr/. Attention, ceux-ci sont payants ! Tout travail mérite salaire et comme le transporteur, le personnel médical, ou l’hôte de caisse, la filière industrielle textile et mode ne peut pas travailler uniquement pour la « gloire » de cette situation !

Nouveau site internet flambant neuf du groupement Savoir-Faire Ensemble

Quelle matière ?

Je suis fatiguée d’entendre plusieurs fois par jour « popeline 120 fils ». J’en suis désolée mais cette appellation n’est pas normalisée pour quiconque fabrique du tissu et ne me donne aucune indication pour fabriquer cette popeline « 120 fils ». Tout comme le poids seul (par exemple 120g/m²) ne me permets pas de savoir quel tissu réaliser. Avec cette seule indication, je peux réaliser un sergé avec des gros fils, ou encore une popeline fine, ou encore un satin. C’est totalement inutile et contre-productif de partager de telles informations que l’on sait incomplètes.

A ce jour, personne n’a réussi à définir LA matière idéale pour les masques.  Il existe plusieurs freins à ceci. Le 1er frein réside dans l’impossibilité de recueillir des données complètes sur les plus de 500 matières testées à ce jour par l’IFTH et la DGA, soit par un refus de l’industriel à les communiquer soit parce qu’il ne connait pas les données en question. Cela complexifie donc la possibilité, avec le peu de renseignements recueillis, de mettre en avant des données récurrentes et fonctionnant à coup sûr pour la confection de masques UNS.

Lorsque l’on regarde la composition des matières testées et des prototypes dans ces documents circulant sur internet, un problème supplémentaire me saute aux yeux. Pourquoi utiliser des matières artificielles ou synthétiques, ou encore intissées qui ne se lavent pas à 60°C et se dégradent énormément à de telles températures, que l’on va respirer pendant de nombreuses heures ? Quelles incidences cela peut-il avoir sur notre santé ? Cette question ne semble pour l’instant inquiéter personne.

J’ai longtemps étudié les données disponibles et les besoins des tests. Il faut utiliser des matières qui permettent à la fois de respirer tout en filtrant de très petites particules. Le tissu doit utiliser des fils fins, avoir une densité de fils conséquente pour la filtration, une armure et une contexture intéressantes. Les tissus tissés trop lâches ne conviennent pas : on respire mais on ne filtre pas. Si le tissage est dense mais avec des fils trop gros, nous avons la filtration sans la respiration. Il faut un tissage dense ou serré, avec des fils fins pour permettre la respiration & la filtration.

Sur cette base, et connaissant parfaitement les qualités que j’ai mises au point du choix des fils, au choix des armures en passant par la densité, la composition, etc., nous avons envoyé à plusieurs reprises des échantillons de « complexes » de matières à l’IFTH/DGA notamment :

  • popeline 3 couches
  • popeline 2 couches
  • chambray uni (ou à rayures) 3 couches
  • chambray uni (ou à rayures) 2 couches
  • batiste 3 couches
Les complexes de matières en 2 ou 3 couches préparés à la main à l’atelier. Heureusement, je suis équipée d’une surjeteuse !

Pour l’instant, nous sommes en attente de l’ensemble des résultats aux tests sur la filtration. Ceux-ci sont effectués avant lavage, après 5 lavages, et après 10 lavages. Nous n’avons eu à ce jour qu’un seul retour sur ces complexes de matières pour le test de perméabilité à l’air (respire-t-on avec ? il faut atteindre un minimum de 96 litres *m-2-s-1) :

  • popeline 3 couches : pas OK
  • popeline 2 couches :  OK
  • chambray 3 couches : pas OK
  • chambray 2 couches : OK
  • batiste 3 couches : OK

Un de nos clients confectionneurs a reçu une évaluation positive pour son prototype avec notre popeline notamment sur l’ensemble des tests. Son masque UNS est classé UNS 1. D’autres prototypes de masques réalisés par nos clients marques avec nos qualités sont en cours de tests. Nous attendons de notre côté avec impatience les résultats des tests de filtration. Mais les délais sont ceux de l’administration française et l’on vient de nous annoncer une semaine supplémentaire (encore !)… Depuis le 16/04, la DGE (l’état) demande aussi à chaque entreprise (confectionneur ou industriel du textile) qui souhaite faire tester et valider des matières ou masques de payer 1 100 € HT par test supplémentaire (à partir du 3ème test). : une bagatelle en ces temps de pandémie.

Cela est aberrant quand on sait que nous avançons tous à l’aveugle pour les tests et qu’il en faut bien plus de 2 pour finir par valider un masque ou un complexe de matières.

Une inquiétude qui revient très souvent : le lavage à 60°C !

Vous avez été nombreux(ses) à vous inquiéter de la possibilité de laver nos tissu à 60°C et plus. Nous indiquons en effet sur les fiches produits un lavage à 30/40°C pour l’ensemble de nos qualités. Cette indication résulte des tests obligatoires réalisés sur nos qualités avant mise sur le marché pour la mode. Il est désormais préconisé de donner une telle indication pour des raisons environnementales. Bien évidemment, nos tissus étant en 100% coton bio, ils peuvent tout à fait être lavés à 60°C sans souci. Cela n’entrainera ni rétrécissement supplémentaire ni dégradation des qualités de ces derniers.

Je sais que, face aux annonces, vous avez été nombreuses à sortir vos MAC pour coudre des masques pour vous et vos proches.  Face à une telle situation, l’Etat ne pouvant nous garantir que nous aurons tous accès à ces masques (même si cela n’est pas dit dans les médias), je trouve tout à fait censé et normal de coudre nous-mêmes nos masques quand nous avons le savoir-faire. Je me permettrais juste de vous donner quelques conseils car j’ai vu passer sur les réseaux des masques dangereux.

Avant de vous lancer dans une petite production artisanale de masques, un test très simple à faire pour savoir si cela peut-être OK  est de réaliser un prototype avec le tissu de votre stock choisi et de le porter au minimum 4 heures. Si vous n’êtes pas gêné(e)s lors de la respiration, c’est OK. Lavez-le plusieurs fois à 60°C et recommencez le test. Si c’est toujours bon, alors vous êtes OK pour la perméabilité à l’air.

Quant à la protection de votre entourage et la filtration, malheureusement à part les tests de l’IFTH et la DGA, rien de vous ne garantit que cela soit le cas.

Les points à retenir pour confectionner votre propre masque si vous le souhaitez :

  • privilégier le coton plus confortable et n’utiliser pas de matières enduites ou imperméables qui rendent difficile voire impossible la respiration.
  • ne pas réaliser de modèle avec une couture sagittale (du nez au menton au milieu du masque), de broderie, de surpiqures des plis, etc. Cela créé un défaut important de filtration et du coup, ruine le principe même du masque… L’IFTH propose deux modèles (bec canard ou 3 plis) qui conviennent et sont plus rapides à coudre.
  • éviter d’utiliser des filtres en plus des couches de tissus (polaire, PUL, filtre à café, sac d’aspirateur, serviette hygiénique, toile à toiture, …). Cela est potentiellement dangereux (respiration de substances très nocives) et inefficace tout en vous empêchant de respirer.

J’ai moi-même ressorti ma MAC et ma surjeteuse et ai cousu des masques 3 plis à la fois en 3 couches de batiste & aussi en 2 couches popeline pour l’atelier et mes proches.

Une problématique & un malaise : concilier délai et besoin ?

Oui, cela est formidable pour cette filière mésestimée jusqu’alors ! C’est une bonne occasion de réveiller les consciences et de leur montrer que nos métiers sont indispensables et ont de la valeur localement ! Sur le papier, la sirène de l’espoir d’une filière qui revit nous fait oublier l’envers du décors qui est beaucoup moins reluisant, même si j’espère intimement aussi comme nombre d’entre nous que si nous avons survécu durant ces années, nous pourrons désormais vivre pour les années à venir.

Au regard des capacités de production actuelles et dans l’objectif de couvrir tout le monde dans le déconfinement, on ne peut constituer de stocks pour pouvoir répondre au besoin immédiat. Cela n’est pas possible dans l’équation d’aujourd’hui. Le délai du besoin ne coïncide pas malheureusement avec le délai incompressible du tissage des matières ou de la confection. Croyez-bien que l’ensemble de la filière textile et confection s’est remonté les manches depuis plusieurs semaines. Nous faisons face à la bureaucratie : pour produire tissus et masques, nous devons attendre les évaluations de nos produits (tissus ou masques). Les délais sont extrêmement longs. Ils se sont même rallongés depuis que les tests ont été modifiés il y a 15 jours environ obligeant tous ceux qui avaient reçu une évaluation positive à refaire les tests pour vérification…

A la guerre comme à la guerre… Aujourd’hui, on paie les années de délocalisation sur le secteur industriel du textile et sur le secteur de la mode. Cela signifie malheureusement que nous n’avons que peu d’entreprises, qui –  croyez-moi –  donnent 2 000% de leur énergie pour faire face à la situation et répondre à la demande, et certains savoir-faire ne sont plus présents. Saviez-vous qu’il n’y a pas assez d’élastiques disponibles à l’heure actuelle en France pour faire les masques ou que le peu disponible avait vu son prix doublé en l’espace d’une semaine ? Pas de souci ! Des industriels dont on n’entendra certainement jamais louer les éloges ont trouvé des solutions. Nous sommes les rois du système D en France ! Biais, tricotines en fil élastique, etc. viendront tant bien que mal suppléer à ce manque.

Le temps de l’administration n’est pas celui de la filière. N’est pas pris en compte le délai de confection (nombre d’ateliers sont en attente de pouvoir produire), ni du tissage (pour exemple, un métier à tisser chez nous peut tisser notre popeline à raison de 130m par jour). Face au manque de coordination et au manque de réponses devant l’inquiétude croissante de tous les industriels qui ont eu le courage de l’écrire et de le partager (parce qu’un “héros” ne connaît ni faiblesse ni doute, il n’a pas le droit d’exprimer les dysfonctionnements et le mal-être), la réponse des autorités & représentants au sein du groupement a été toujours la même : «  restez mobilisés ! Ce que vous faites est formidable ! Soyez dans l’action ! Ne gâchez pas cette énergie ! Restez concentrés sur ce que nous mettons en place ! ».

Vous avez déjà eu le droit à une belle communication médiatique avec une jolie tribune (cela fait très engagé et est très tendance!) pour renforcer le côté « héros » mais sans vraies informations. Ce type de communication totalement déphasé est insupportable pour nous, qui nous épuisons à essayer de concilier en vain (car impossible) le temps du pouvoir avec le temps réel de la production.

Tribune publiée le 24/04/2020

C’est pour cela que j’ai pris le parti de remonter une petite partie de nos métiers à tisser pour tisser la popeline sans attendre le « go » final des tests depuis le week-end du 18/04. Cela m’amène déjà à livrer les 1ers ateliers de confection à partir de la semaine du 11 mai, avec les délais incompressibles du tissage et de l’ennoblissement. Attendre et être dans cet immobilisme & l’incertitude  m’était insupportable face à la pression de tout produire pour le déconfinement.

Le malaise m’envahit de plus en plus chaque jour passant à propos de problématiques soulevées par les demandes & échanges au sein du groupement Savoir-Faire Ensemble qui ne se résolvent pas malgré l’urgence :

  • le patron d’un masque enfant, réclamés par de nombreux industriels & confectionneurs depuis plus de 3 semaines
  • la mise en place de sous-traitance gratuite & “bénévole” par la DGE (l’état), annoncée lors de la visio du groupement le 17 avril dernier, en cours pour la confection de kits auprès des couturières amatrices pour augmenter les capacités de productions en jouant sur le principe de solidarité ou via la marketplace de l’AFNOR où il n’y aura pas de vérification de ce qui est produit et de la qualité.
  • l’ingérence dans le prix moyen de mise sur le marché des masques lavables et jetables. Parce qu’après tout, il n’est pas nécessaire que les entreprises qui sont déjà en situation difficile essaient de vendre au prix juste de leur travail les masques confectionnés ou les tissus.
  • l’absence de communication fiable auprès du grand public pour donner des informations vraies et auprès des réseaux de distribution qui vendent des masques non testés.

Agir ? oui, j’en suis convaincue ! Mais, je trouve que, sous le prétexte un peu facile de la solidarité, on nous demande de participer activement à l’aggravation d’un système qui a causé cette situation : jusqu’où ira-t-on sous prétexte de l’élan solidaire ?

Je suis choquée & révoltée par la sournoiserie de cette stratégie venant d’en-haut. Comment peut-on en arriver à un tel dérapage (contrôlé bien évidemment) sous prétexte de mobiliser les citoyens (au passage une très grande majorité de femmes) pour travailler gratuitement. Comment peut-on profiter ainsi opportunément de la mobilisation qu’a su mettre en œuvre des couturières à travers le pays pour les masques et les blouses ?

Que l’on réponde à l’urgence pour les équipes médicales bénévolement et gratuitement, parce que l’on en a envie, ne me paraît même pas sujet à discussion (bien que j’eusse préféré que l’Etat ai fait les stocks et les investissements dans le secteur médical nécessaires ces dernières années pour que nous n’ayons pas à suppléer à ses manquements). Par contre, si ces demandes de masques, ou de tissus gracieusement offerts émanent d’entreprises, de mairies, …, je dis STOP !

Face aux demandes très nombreuses pour les masques, je dois faire de nouveau travailler Thomas à l’atelier depuis une semaine. A aucun moment, l’idée ne m’est venue à l’esprit de mendier des masques pour mon personnel auprès de couturières bénévoles. Avec cette volonté démagogique, nous sommes bien loin de valoriser nos métiers et nous participons via ce système très rapidement (17/04 -> 24/04) mis en place activement à l’accélération de leur précarisation avec pour mots d’ordre : femme + machine à coudre + bénévolat + aucune rémunération = des millions de masques gratuits rapidement – modèle économique “entrepreneurial” créé & géré par une main de maître par des hommes ! Avant que l’on s’offusque et que l’on crie au féminisme, je vous rappelle un chiffre : 95% des personnes cousant sont des femmes et les appels réalisés par les entreprises, les collectivités etc. sont toujours adressés aux “couturières” et jamais aux couturiers. Par contre, les médias s’affairent à nous montrer des hommes derrière leur machine à coudre, qui pour certains ont posé le temps de la photo sans savoir la faire fonctionner… Cherchez l’erreur.

La crise sanitaire que nous vivons n’est pas une guerre demandant des sacrifices au nom de la mère patrie. Il s’agit d’une problème de santé pour lesquels on doit nous donner les moyens d’agir. La confection de masques & de blouses est ainsi instrumentalisée au prétexte de la solidarité, au nom de l’urgence sanitaire.

Qui fabrique mes masques ?

Je trouve que c’est un comble pendant cette semaine spéciale de la Fashion Revolution Week où l’on s’insurge contre les conditions de travail dans l’industrie de la mode et textile & les salaires trop bas pour faire vivre les ouvrières confectionnant les vêtements de la Fast Fashion, d’appliquer en France ce que l’on dénonce ailleurs sous couvert de patriotisme, solidarité & tout ce que vous voulez ! Partout dans le monde, il s’agit d’esclavagisme moderne ou d’exploitation humaine. C’est insupportable et il faut le combattre. Par contre, en France, mettre en place un réseau de travail non rémunéré de confection à grande échelle, c’est de la solidarité et cela serait normal. On se retrouve dans une situation ubuesque où les couturières professionnelles indépendantes (ou en grande majorité en CDD) en France & en Europe n’ont pas la possibilité d’avoir un salaire ou de négocier un revenu pour leur travail de confection des masques sous couvert de nuire à l’entraide et de recevoir leur lot d’insultes. Coudre n’est pas un loisir de bonnes femmes !

Pourquoi est-il choquant de demander une rémunération pour coudre un masque ou vendre du tissu (ce sont nos métiers, mince !) alors que personne ne remet en cause qu’il faille acheter du matériel médical, ou rémunérer le personnel des autres secteurs essentiels ?

Mais après tout, nous ne faisons que du tissu ou que de la couture, peu importe où nous produisons, nous ne valons pas grand chose…

Je retourne, avec détermination & volonté, ne comptant plus mes heures, à mon travail insignifiant mais tellement essentiel aujourd’hui, mais je ne retourne pas sur ce “front” imaginaire que l’on essaie de nous imposer.

 #jenoublieraispas

A bientôt,

Amandine

74 Commentaires

  1. Bravo Amandine pour vos éclairages et engagements sans faille. Cet article est source de renseignements et de bon sens, à mettre entre toutes les mains. Merci pour les batailles que vous menez pour le bien public. Je vous soutiens asuivi que votre équipe.

    • Carole L. Carole L.

      Cela faisait tellement longtemps que je m’agaçais toute seule dans mon coin. Alors merci pour cette mise au point, je n’aurai su mieux dire. Gratuité, femmes, travail = esclavagisme moderne, honteux !

  2. Bonjour,

    Merci pour cet article qui m’a permis de comprendre beaucoup mieux certaines choses.
    Je vous souhaite bon courage.

  3. Merci de nous montrer l’envers du décor.
    Je suis de ces femmes pour qui coudre est un loisir et qui a cousu des masques (et le refera..) par solidarité, tout en me demandant si c’est pas une erreur. Les infos changent tellement vite..
    Oui tout travail mérite salaire, je suis bien d’accord, mais j’avais juste envie d’aider, de me sentir utile dans cette crise qui me confine chez moi « sans occupation » alors j’ai utilisé mon savoir faire et ce que j’avais en stock.
    D’ailleurs, je n’ai rien demandé pour les masques, mais j’ai eu des retours quand même.. comme quoi le travail est reconnu. (C’est pas toujours le cas, je me doute et surtout pas pour ça que je l’ai fait).
    Pour conclure, je dirai juste Merci pour ce que vous, et les autres entreprises faites.

  4. Couture sauvage Couture sauvage

    Merci Amandine ! J’attendais avec impatience cet article. Encore une fois, un article de qualité, d’intérêt public.
    Merci !

  5. Droles2zebres Droles2zebres

    Merci pour cet article qui.nous montre un envers du decour insoupçonné ! D’accord à 100 % !

  6. Nanis13 Nanis13

    Bonjour,

    Merci pour cet article, très détaillé et très utile. Je couds un peu et pourtant je n’ai pas (encore) cousu de masque. Ne sachant notamment pas si les tissus que j’ai en stock sont respirables et suffisamment filtrants (et ne trouvant que des info partielles et contradictoires). Je suis aussi très mal à l’aise quand j’entends les appels au bénévolat pour coudre des masques pour des particuliers, des soignants, des entreprises. Tout travaille mérite salaire et sachant qu’il y a des entreprises en France qui ont encore le savoir faire et sauront garantir de bonnes conditions de fabrications, je ne comprends pas ces appels (encore une fois, dans la gestion de cette crise, ça fait penser à du bricolage). J’imagine, pour la pratiquer dans mon domaine, que la lourdeur de l’Etat est d’autant plus difficile à supporter dans ce contexte. Bon courage pour les semaines à venir et encore merci !

  7. Vero Vero

    Merci Amandine pour cet article, il est fort !
    Chaque mot, chaque idée, chaque argument sont tellement bien pesés, pensés…
    Si seulement cela pouvait être lu et compris très largement !
    Si seulement cela pouvait être entendu haut plus haut niveau.
    Par solidarité, nous avions monté nos ateliers, nous sommes 80 couturières maintenant, pensant pouvoir aider nos Familles, voisins, amis et les collectivités de soignants.
    Aujourd’hui, certaines d’entre nous ont renoncé, puisque des hommes ont repris en mains notre activité, sous prétexte de rechercher des financement (c’est affaires d’homme ça), nous imposant des standards pour normalisés nos productions, nous demandant de produire plus pour bénéficier d’encore plus de subventions… bref, nous revoici dans le schéma traditionnel d’une société débilitante, où la femme est à l’ouvrage et l’homme aux affaires. Où on cite ces messieurs, dans la presse, qui ont su mettre en place des ateliers, Gloire à eux ! Et effectivement les « petites mains » anonymes le resteront encore ensuite. Je pense d’ailleurs à quelques unes qui étaient dans la confection haute couture, brodeuses à leur compte (puisque dans la haute couture on délocalise le savoir-faire ou on fait appel à des indépendantes pour ne pas avoir à payer des indemnités pour les virer), qui n’ont même pas un minimum pour vivre… et à celle-là on demande un travail qui ne sera pas payé, parce qu’il est solidaire, mais gentiment on leur attribuera une médaille virtuelle.
    Ah oui, Amandine, il y a de quoi ruer dans les brancards !
    Merci, pour tous les échanges que l’on peut avoir.
    Merci voilà tout !

  8. Merci de ces précisions et vérités, bonnes à dire et à entendre.
    J’ai organisé aussi un réseau de couturières solidaires, et nous avons déjà distribué plus de 4000 masques, mais je suis en colère et refuse les demandes des Mairies alentour. Il est difficile aussi de coudre tous ces masques avec les moyens du bord et sans réelle certitude de leur efficacité.
    Merci de vos précisions.
    Et vive la Sonorité
    Cécile

  9. Je voulais dire Sororité !😊bien sûr !
    Bonne journée

  10. Patricia TRAN @mounzatran Patricia TRAN @mounzatran

    Bravo et merci.

  11. Fanny Fanny

    Merci Amandine !

  12. bribriM bribriM

    Merci beaucoup pour cet article ! Hélas, nous ne connaissons pas les coulisses de ces métiers si passionnants concernant le tissu.
    J’aime ma famille, mes amis, mes voisins ainsi que ma machine à coudre et mes tisssus ! Donc, j’ai fait un certain nombre de masques; Je les donne. On me demande toujours quelle est la somme à payer. J’explique que c’est un geste d’amitié. Je suis sûrement nunuche ! Je suis contente que les personnes se rendent compte du travail.
    J’espère que la crise que nous traversons ouvrira les yeux de chacun. Achetons moins, peut-être, mais surtout de qualité et fabriqué en France. Plus cher ? Sûrement ! Mais la liberté n’a pas de prix.
    En attendant, je me dis que nos petits masques sont sûrement plus solides que ceux fabriqués in ;…
    Bien amicalement !

  13. IMBERT Isoline IMBERT Isoline

    Mille merci Amandine pour cet article complet et tellement juste quant à la nécessité des matières naturelles et la rémunération juste de toute la filière !
    Je suis fière de soutenir cette entreprise depuis maintenant quelques années !
    On ne lâche rien !
    Isoline

  14. B. R. B. R.

    Wahou cette claque.
    Bonsoir Amandine, merci beaucoup pour cet article bien écrit et intelligent ! Ça change d’avoir un article qui éveille les consciences en étant fondé et sans jugement/raccourci/supposition. J’aide un ephad en cousant des sur-blouses, c’est fatiguant et répétitif mais on le fait, pour la bonne cause. Je n’ose imaginer votre situation ! Vous êtes des héros de cette crise également, courage !

  15. dufiletdesperles dufiletdesperles

    Bravo et merci, heureusement que plusieurs voix s’élèvent contre ce nouvel esclavagisme. Tout le monde trouve normal de payer son pain chez le boulanger mais si vous avez le malheur de vendre un masque , on vous tombe dessus. Et la grande question que je me pose à chaque fois que je sors et je ne suis pas la seule enfin à me la poser , quid de la qualité des masques artisanaux que tout le monde coud et donne généreusement ? Autant porter un foulard sur le visage, cela reviendrait au même et arrêtons tout ce foin sur la pénurie de masques grand public. Soit on fait et vend un masque testé donc efficients soit on le garde pour soi et sa famille. Je commence à en avoir marre de toutes ces bonnes âmes qui se glorifie d’avoir cousu tant de masques par solidarité. Quand je vois que ma mairie demande à ses habitants de coudre et de donner ( à sa famille, normal) mais aussi aux voisins , je bondis !!!! Le plus bizarre, c’est que pour avoir le droit de vendre il faut avoir fait passer les tests à notre masque et être en catégorie 1 ou 2, fournir un document précisant pleins de choses, mais le gratuit qui va équiper la majorité peut être dangereux, on s’en tape le cocotier !!! Cherchez l’erreur

  16. Merci Amandine pour cet article.

    Tu as su mettre les mots sur le malaise que j’éprouve face à cette situation : demander à de gentilles personnes de coudre des masques pour la population … Gratuitement, et en fournissant les matières dans les premiers temps …

    Alors oui, j’ai cousu des masques pour la famille, on a lancé une production au travail pour le retour des collègues au lycée, mais je n’ai pas répondu à l’appel des collectivités … Elles ne m’ont pas fait travailler du temps où j’étais artisane, et il faudrait que je m’investisse dans la confection de masques pour la population ?
    Et puis comme je fabrique pour ma famille, je n’aurai pas à prendre ceux fournis par la mairie, ils profiteront à d’autres …
    C’est une responsabilité à prendre que de coudre ces produits pour protéger l’ensemble de la population … Et si demain, on nous annonçait que ce dispositif n’était plus préconisé ? Que finalement il faille tout recommencer ?

    Quant à l’utilisation des matières, je tique également sur les propositions contenant des matières synthétiques … Qui voudraient respirer du pétrole à longueur de journée ?
    Et les apprêts que subissent les tissus … On en parle ?
    Ou on en reparlera dans quelques années … Car il y aura des conséquences sur notre santé …
    D’ailleurs, j’ai fais des masques à plis, 2 épaisseurs, dans ton chambray, et quand je vois tes retours de tests, cela conforte la sensation ressentie lors du porté, et ce sentiment de ne pas mettre ma santé en danger avec CE masque.

    Tant de choses sont aberrantes …
    On nous parle de déconfinement avec le port du masque fortement recommandé, mais soyons honnête, tout le monde ne pourra pas être équipé …

    Et cette industrie textile tant rêvée … J’ai versé quelques larmes lorsque j’entendais que des entreprises de confection fermaient (si si, c’est vrai ! )…
    J’ai toujours été persuadée que la confection reviendrait en France, mais jamais pour une telle raison !

    Bref … Pour me changer les idées et soutenir ce qui me tient à coeur, je vais me faire plaisir et commander de jolies matières pour l’après confinement …

    Frédérique (Histoire de Coudre)

  17. Géraldine Géraldine

    Vos mots sont justes et pleins de bon sens, merci pour les éclairages et la mise au point salutaire en cette période où on ne sait plus trop ce qui convient de faire… Bon courage pour la suite. Géraldine

  18. Julie Avet Julie Avet

    Bravo et merci pour ce texte.
    Cela éclairé un peu plus ma lanterne sur les gens d’en haut qui se foutent bien de notre gueule !
    Couturière pas bénévole et rémunérée.
    Julie, Jaïlane Création.

  19. Sarah Sarah

    Merci pour cet article, j’ai compris beaucoup de choses ! Je ne connaissais pas l’envers du décor et notamment sur l’attente des tests et surtout le prix !!! Complètement aberrant !
    De mon côté, j’ai cousu quelques masques en essayant de suivre les recommandations AFNOR. J’ai utilisé du coton mais difficile à dire si ces masques sont efficaces comme ils devraient. J’en ai donné à des amis mais je le refuse d’aller plus loin que la sphère privée car je ne souhaite pas prendre la responsabilité de fournir des produits non testés. Cela devrait être du ressort de l’Etat.

    Merci pour cette transparence en tout cas

  20. Mathilde Mathilde

    Merci Amandine d’avoir mis en lumière et en mots le malaise que je ressens depuis un bon moment… Je n’ai pas attendu, dès réception du mail – insultant – de l’AFNOR concernant cette fameuse marketplace, je leur ai écrit… mail resté, bien entendu, sans réponse à ce jour. J’ai partagé votre post à mes proches.
    Bon courage et merci

  21. Bravo pour cet article !
    C’est tout à fait juste, beaucoup oublient que tout travail mérite salaire ! C’est un peu fort mais on ne demande pas à une infirmière de travailler bénévolement (quoique…) alors pourquoi une couturière ?

    Je suis quand même choquée de certaines personnes qui sont outrées qu’on fasse payer les masques, mêmes de certaines couturières ! C’est un travail considerable, et il ne me semble pas que les entreprises les offriront à l’état…

    Beaucoup de courage à toi, merci pour ton engagement !

  22. marion marion

    Bravo pour cet article clair et instructif . Je suis en colère également contre cette logique de sweat shop adopté . Soutien et courage pour vos équipes.

  23. Christine Christine

    Merci pour votre article, clair et argumenté. Je partage votre analyse et vous remercie de l’avoir formulée aussi intelligemment.

  24. Claire Claire

    Merci pour cette article très éclairant et surtout merci d’être là et de faire tout ce que vous savez faire au mieux en cette période si difficile pour vos entreprises.

  25. c c

    sans aucune originalité, je dis bravo à mon tour pour cet article, que je vais tâcher de diffuser largement. Une fois de plus, la preuve est faite que le bénévolat n’est pas nécessairement une bonne chose, quand il se substitue à la connaissance réelle et à la reconnaissance (financière mais pas que) d’une compétence nécessaire dans notre société. Je vous souhaite beaucoup de courage dans cette entreprise, et vous dis merci.

  26. Bonjour Amandine merci beaucoup pour cet article, qui met des mots sur le malaise ressenti face à la demande croissante des masques cousus main.
    L’entreprise textile de mon village qui jusque là délocalisait la plus grosse partie de sa confection de linge de lit et de décoration à l’étranger ( main d’oeuvre plus maléable qui ne se plaint pas!) embauche pour produire des masques car il croule sous la demande. L’annonce était courte : mentionnant juste qu’il fallait être une couturière expérimentée qui sache coudre sur machine industrielle pour coudre en urgence des masques. J’ai donc appellé pour me renseigner ( pas d’indication de salaire ni de temps de travail). il fallait de l’expérience pour ne pas ralentir la grosse cadence ( une centaine de masques à l’heure), ne pas se plaindre d’avoir mal quelques part ( bref travailler sans relâche sans se plaindre) à aucun moment dans l’offre le salaire est annoncée! Et quand je demande mais pourquoi il n’avait plus de couturières, réponse de la directrice car il y avait trop de personnes qui se plaignaient de douleur, des arrêts de travail alors ils ont délocalisés la plupart de la production depuis 20ans à l’étranger!).
    Coudre des masques pour mon entourage qui me le demande oui, pour la grande industrie ou pour dépanner les collectivités de manière bénévoles ou sous payée non.
    Nous vivons une drôle de période.

  27. Anouk Anouk

    Merci pour cet article long mais super complet! Je suis couturière amatrice et je me révolte déjà de fabriquer mes propres masques … Alors quand je vois que les mairies ou autres demandent gratuitement des masques c’est pire!!! Ok pour fabriquer pour ma famille mais déjà je doute de l’efficacité de ces masques cousus dans mes chutes de tissus et en + pourquoi y passer du temps? Ce n’est pas mon métier!
    Bon courage à vous pour la suite des événements

  28. _modestineDUC _modestineDUC

    Merci Amandine. Je suis tellement d’accord ! Je viens d’entendre parler de « lusineinvisible » et l’initiative me semble saine. En avez vous entendu parler? Qu’en pensez vous?

  29. kiki34 kiki34

    Je me sens moins seule, j’avais presque honte de ne pas me proposer pour coudre des masques. Tout travail mérite salaire. Alors quoi, il faut fournir le matériel, le temps et ne rien dire?! L’état est en train d’encourager en quelque sorte les ateliers clandestins!! Avec les applaudissements du public averti ou non qui ne supporte plus d’acheter des biens à leur juste valeur, les mêmes qui achètent des cochonneries sans nom sur am….n, wi..h et autres Des masques, j’en ai cousu, je n’ai pas attendu la bénédiction de l’état. J’ai fourni ma famille proche et des amis en précisant bien les limites de ces masques, pour le reste c’est NON.

  30. Valentine Valentine

    Merci Amandine pour cette mise en perspective si complète. Merci d’avoir formulé si clairement ce que beaucoup d’entre nous pensent depuis plusieurs semaines. Merci pour votre engagement sans failles depuis le début de la crise.
    Je suis extrêmement pessimiste concernant « l’après ». Mon compagnon travaille pour un grand groupe, l’un de ceux qui se sont affichés aux côté du Président Macron et se sont (à grand renfort de communication) retroussés les manches pour produire des respirateurs (sans doute inappropriés). Ce même groupe demande aujourd’hui à ses collaborateurs de développer prioritairement les nouveaux produits (à destinations de l’Europe) en Asie. Le patriotisme n’a qu’un temps et ne vaut que s’il est valorisé en terme d’image. Un retour à une plus faible rentabilité (mais une rentabilité quand même) est inenvisageable pour eux. Nous détenons pourtant en France et en Europe tellement de savoir-faire essentiels.
    Cette crise n’est pas seulement sanitaire, elle est également sociale. Elle met en évidence toutes les failles et les manquements de notre société.
    Je salue le dévouement de toutes les couturières (et peut être quelques couturiers) qui se sont attelés à la production de masques alternatifs, mais nous n’oublierons pas qu’elles (qu’ils) l’auront fait pour venir au secours d’un état qui n’a pas été en mesure d’assurer sa mission de protection.
    Je salue également le vôtre malgré les difficultés et les incertitudes.
    Courage et force.

  31. Nabel Nabel

    Merci pour cet article qui pose bien les choses et met les mots sur ce malaise que je ressens moi aussi depuis quelques temps.

  32. Jacqueline Jacqueline

    J’ai cousu des masques et j’en referai. Pour ma famille, mes amis, les gens du village qui n’osent plus aller faire leurs courses. Je les donne, j’aime coudre et ça me fait plaisir de rassurer un peu. De toutes façons, personne ne sait où trouver des masques par ici, payants ou pas. Je fais de mon mieux, aucun moyen de tester, en coton uniquement, en « portefeuille » et en insérant un mouchoir comme filtre. Je précise bien à chacun les limites de ces masques et je donne une petite notice sur l’utilisation et l’entretien. Je comprends bien votre colère, je suis en colère aussi. Les couturier-e-s, usines textiles, et tout ce qui tourne autour, sont des activités nécessaires qui doivent rester proches et pouvoir vivre. En attendant, je continue, ici, c’est ça ou rien du tout.

  33. Florence Florence

    Bravo pour cet article… et merci! Je vais le relayer auprès de mes proches!

  34. Claire Claire

    Beaucoup de choses ont déjà été dite.. Merci pour cette article et pour ces informations qui nous eclairent.
    Je reste un peu perdu avec les informations qui changent assez régulièrement quand a la forme que doivent avoir les masques… Je veux faire au mieux, comme chacun et chaqu’une d’entre nous. J’en ai fait sur un modèle AFNOR avec l’ouverture pour glisser un filtre mais si je comprends bien il faut eviter ?
    Courage a vous et votre équipe, la situation n’est pas simple.
    Encore mer i
    Claire

  35. Ellen Ellen

    Merci pour ce très bon article ! Après lecture je suis encore plus stressée par le deconfinement! Où trouver des masques efficaces et sains ? ( tissu gots) auriez vous des pistes à nous donner?

  36. Bravo Amandine pour cet article éclairant !
    Je viens de finaliser des masques a commercialiser en popeline Amandine Cha et quelle complexité en France ! Nous manquons de pragmatisme et de bon sens !
    Il parait évident que des masques en coton bio soient plus écologiques et moins toxiques !
    Et c’est évidement malheureux que le travail de couture ne soit toujours pas valorisé dans cette « société d’après » que tout le monde réclame…
    Merci pour d’être là et engagée ! Bravo à toute l’équipe !
    P.S.: je vais reprendre le « I made your masques » – Excellent !!

  37. Manuelle Manuelle

    Bravo pour cet article ! Tout est dit

  38. Merci beaucoup pour cet articleque je vais diffuser autour de moi. Je remercie ma soeur de me l’avoir transmis. Ce que vous dites est juste, tellement juste et tellement vérifiable dans tant de domaines également, domained artisanaux et artistiques. Bravo pour votre travail.

  39. Olivier 24 Olivier 24

    Merci pour votre témoignage édifiant vos précieuses informations et tout votre travail.
    J’apprends avec les 5 % d’hommes à coudre. À la main pour ma famille en attendant de pouvoir obtenir une pédale pour une machine de 1980. Je ne veux pas d’exploitation des femmes et de l’esclavage !
    Belles pensées, et mes respects
    Un pére
    Olivier

  40. Charlène Charlène

    Merci pour cet article très complet. Ça fait tellement réfléchir tout ça… Je suis toujours très admirative de lire avec quelle détermination et quelle justesse, vous défendez vos valeurs. NOS valeurs. Vous avez bien raison…. Je vous envoie tout mon courage, et tout mon soutien. Charlène

  41. snoupinette snoupinette

    Merci, je n’arrive pas à faire des masques pour la bonne raison que vous avez bien expliquée. Mon tissu est trop fin, je n’ai pas d’élastique et si une personne attrapait le virus avec un de mes masques ???? Je ressens un grand malaise…
    Vous avez tout dit

  42. Claude Claude

    Merci Amandine pour vos propos clairs et argumentés. Nous devons encore nous battre pour nos droits car encore aujourd’hui, être bénévole dans le soin aux autres désigne presque toujours une femme…

  43. Leroy Leroy

    Merci pour cet article si clair et si complet! Je ne peux me résigner à faire des masques alors que la couture est pour moi addictif…..incertaine de la qualité de ce que je pourrais produire et des risques encourus pour ceux qui les porteraient ou seraient en face….
    Je vous apporte tout mon soutien et vous souhaite bon courage!
    Une infirmière….qui passe déjà de longues heures derrière un masque!

  44. Florence H Florence H

    Un énorme merci pour cet article que je vais m’empresser de faire suivre autour de moi parce qu’il est bien qu’on parle enfin de ce travail de bénévolat poussé à l’extrème au détriment des professionnels du secteur/

  45. Merci pour cet article plein de bon sens et de vérités. J’ai fait gratuitement des masques pour mes amies infirmières, pour les autres personnes je fais payer. Mais l’ère actuelle est au tout gratuit, donc certaines personnes s’insurgent que l’on puisse demander le fruit de notre travail !!!! Ce n’est pas gagner, mais je me refuse à travailler gratuitement, je suis à mon compte et comme tout un chacun je dois payer mes charges et factures !
    Bon courage, Sabine

  46. Merci, très très bon article qui expose clairement la difficulté des couturières à obtenir une juste rémunération pour leur travail, alors que pour les autres savoir faire (des autres artisans) les gens ne remettent pas en cause ce prix. Tenez bon

  47. Merci pour cet article avec lequel je suis entièrement d’accord !!! Je le partage il faut que plus de monde le lise…

  48. Jeanne Berre Jeanne Berre

    Bonjour Amandine,
    Je vous remercie pour toutes les infos complémentaires mais je suis perdue par toutes les informations discordantes. On nous a annoncé au début qu’il fallait trois couches de matières (coton, molleton ou polaire, coton) pour assurer une protection assez efficace contre les micros-projections. A la lecture de votre article, il est notifié pas de doublure en polaire. Il y a de quoi être perdue et perplexe !!! Ce que je trouve dingue dans cette histoire, c’est que la France, pourtant puissance mondiale ne soit pas capable au bout d’un moment de proposer une information claire et précise pour la fabrication et l’emploi des matières. Je suis styliste et créatrice PAP, je fabrique des masques pour mon entourage. J’ai confectionné des modèles avec trois couches, maintenant j’assemblerai seulement deux couches. Mais combien de créateurs vendent des masques avec des coutures sur le milieu, utilisent des matières non adéquates !!! La question se pose aussi sur les teintures. Je lisais la dernière fois qu’il fallait utiliser des tissus le plus clair possible. Je suis consternée par tant de flou.

    • Aude Aude

      Bonjour Jeanne,
      Quand j’étais étudiante, on m’avait appris que les tissus teints dans des couleurs sombres (et dans des conditions plus obscures encore) devaient être testés car ils étaient + susceptibles de contenir des métaux lourds pour fixer la couleur et autres substances peu recommandables. Au labo de Chantelle (qui n’utilise que des matières certifiées Oekotex donc aux normes), on évaluait plutôt leur éventuelle décoloration au fil des lavages. Donc, si tes fournisseurs sont aux normes et que tu as une machine à laver, tu peux faire 1 test en lavant 10 fois un échantillon et en le comparant avec un échantillon non lavé.

  49. Merci à vous pour cet article complet et argumenté, je me sens moins seule de n’avoir pas voulu me jeter sur la fabrication des masques à tout va « pour m’occuper » ou par générosité au risque de passer pour égoïste.
    Et oui avec des informations contradictoires voire complètement farfelues et des demandes de travail bénévole pour coudre du jetable par exemple, j’avais vraiment pas envie de participer à une sorte desclavagisme consenti.
    J’ai relayé autant que possible votre article, c’est une goutte d’eau…
    Marie

  50. nathalie nathalie

    Merci Amandine ….
    merci pour la qualité de vos produit et votre intégrité
    merci pour la transparence et pédagogie de cet article
    merci pour tout ce que LTA fait dans cette période folle
    !!

  51. martine gicquel martine gicquel

    Bravo pour ce bel article , depuis le début je fais des masques pour ma famille et mes voisins , j’ en ai fait une cinquantaine et je n’ ai utilisé que du coton bio de préférence , j’ ai sacrifié un drap neuf , pas grave , j’ en trouverai un autre , et de la jolie popeline de coton rose ou blanche , et je fais mes liens avec aussi , pas d » élastiques , étant une ancienne soignante , les élastiques finissent par blesser les oreilles . Je vous remercie pour vos conseils , car depuis le début , on voit passer des choses , tel que mettez de la polaire , des sacs aspi , filtres à café etc………..;et comment on respire et on inhale les produits qui sont dedans . Et le lavage dans tout ça ? Bref je vous dit à nouveau merci de nous avoir éclairé sur plusieurs points . bonne journée , je ne suis pas choquée que vous vendiez votre production , au contraire vous avez besoin de vivre et de faire vivre votre entreprise

  52. MystiMiss MystiMiss

    Merci Amandine pour avoir si bien résumé une situation auquel je me bat, me perd, à en avoir la tête qui va exploser..
    Je reprend espoir, on va bien finir par y arriver, à trouver une solution acceptable par tous.

  53. merci. je fais circuler un max. vous avez raison. Mais juste un point, cela vous ennuie « que l’on crie au féminisme »? Il n’y a aucun mal à cela puisqu’il s’agit de la défense du travail de toutes les femmes (toutes atteintes si une branche fortement féminine est touchée). Ce que vous décrivez est un problème politique et non individuel.

    https://www.change.org/p/ministère-de-l-économie-masques-blouses-hold-up-sur-le-metier-de-couturier-ere?utm_content=cl_sharecopy_21772849_fr-FR%3Av7&recruited_by_id=38167280-885e-11ea-ba4e-65e4e57619db&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=psf_combo_share_initial&utm_term=psf_combo_share_abi&fbclid=IwAR1SZ3U_okRfTRM6NIJ2MZj8otW2VwlHa-44_eT0MCNGiI2Ym9lJUXoaluE

  54. Anne-Valérie Anne-Valérie

    Bonjour Amandine et merci pour cet article. Il nous renvoie au fameux «  elle est jolie ta robe, tu m’en fais une ? » où chaque collègue ou ami est d’accord pour que tu lui couses une fringue gratuitement, mais se rétracte immédiatement lorsque tu lui dis que tu vends tes services.
    Ils ont tous retenté une approche avec les masques, même ceux qui ont une machine !!! Mais c’est une occasion en or pour permettre au maximum de se mettre à coudre 😉

  55. Magali Magali

    MERCI! Coudre n’est pas un loisir de bonne femme! Pourtant c’est ce que me fait vivre mon entourage…je dois m’excuser presque de ne pas vouloir acheter de la merde à bas prix et de passer du temps devant ma machine alors qu’il y a tant à faire ! Je réfléchis, moi en cousant…et cela fait avancer mon travail . C’est un loisir certes mais utile que j’ai choisi en cherchant à être plus autonome et respectueuse de autres mais encore peu de gens comprennent la démarche…

  56. Lemardeley Lemardeley

    Merci! Merci! Et encore merci! D avoir mis des mots sur ces pensees que
    j ‘avais ( vous pouvez rester encore un peu dans ma tete, s’il vous plait, j ai d autres trucs à dire et je trouve mal les mots,…..). Je viens de dire non à deux mairies via le café associatif dans lequel je m’agite…..à des « amis », qui soudain pensent à moi, comme le bon plan solidaire, et meme si je reponds en donnant le nom de toutes les copines autoentrepreneurs et couturieres, je me sens coupable, en colère et confuse.
    J ai chez moi des tissus dont je ne maitrise pas la compo,ni le nom. Chambray batiste, popeline.aucune idee de ce que c’est….mais j ai de la soie. C’est tissé fin et serré. Est ce que ca peut convenir?

  57. Topaze Topaze

    Bonsoir
    Merci pour votre tribune pertinente … hélas!
    Courage à nous toutes et tous.

  58. Jo Jo

    Merci pour votre article très complets qui mets les mots sur ce qui me dérange depuis qu’on me sollicite pour faire des masques.
    Vos arguments sont posés et bien pensés. La formulation est celle qui me manque. 🙂
    Belle journée à vous en ces temps incertains.

  59. Merci pour tous ces mots …
    je fais des masques pour aider un peu et c’est la débrouille, c’est mieux que rien comme nous n’avons accés à aucun masque délivré par l’état.
    Par contre, j’aurai bien des difficultés à les vendre, même si des amis me le demandent parfois, uniquement car je ne sais rien des tissus que j’utilise ou récupère, parce qu’ils ne sont pas testés.
    Le problème c’est que les personnes pensent que c’est LA solution, elles se sentent protégées…alors que ce n’est pas vraiment le cas.. La peur nous fait faire parfois n’importe quoi …

  60. Karine Karine

    Un grand MERCI Amandine pour cet article si complet, si bien documenté et si juste. Tu remets les choses en perspective et ça fait du bien!

  61. […] Tout ceci n’est que le côté visible du masque.Il y a aussi la face invisible des masques, le côté des professionnels.Amandine Cha Dessolier, qui est à la tête d’une filière de production de textile français certifié GOT, en parle très clairement et vous pouvez retrouver son article passionnant et explicite sur le sujet via ce lien: « des masques face à l’urgence« . […]

  62. Sandra Sandra

    Bonjour et merci beaucoup, pour ces informations, précises et complètes, cet état des lieux affligeant et édifiant que je vais diffuser et bien garder en mémoire, merci d’avoir pris le temps d’écrire tout cela.
    Et oui, vous avez le droit d’être bien rémunérée, il est plus que temps qu’on défende les métiers majoritairement féminins et qu’on les revalorise à leur juste mesure, qu’il n’y ai plus à s’excuser d’être payées.
    Merci et bon courage !

  63. Fortin Fortin

    Bonjour
    merci pour votre éclairage qui me permet de mieux comprendre mon malaise et qui fait que je n’arrivais pas à coudre ces XXX masques. Je vais ‘y mettre sereinement ce soir car mtnt je sais mais je n’en ferai pas plus ni moins. Pour moi et les miens. On m’en réclame. Mais je n’ai pas plus de temps en ce moment et d’autres attendent qu’on fasse à leur place. Ils pourront les acheter au prix juste pratiqué par des professionnels.
    Bonne continuation à vous
    Cordialement
    Delphine

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