Passer au contenu

Etre une entreprise responsable ou engagée ? Quelle réalité derrière ces mots ?

On entend souvent depuis quelques mois qu’il est temps d’agir pour le climat, pour la survie, … Les colloques, tables rondes ou débats pour une mode responsable se multiplient. Il est en de même des grèves, des marches, des protestations pacifiques ou encore de décrochages de portraits officiels.

Au milieu de ce tourbillon ressenti comme une urgence oppressante, l’action me semble le meilleur allié pour lutter contre l’éco-anxiété qui s’empare de moi face aux rapports scientifiques et aux semonces militantes. Je m’interroge alors souvent sur le rôle de l’entreprise que j’ai créé il y a bientôt 10 ans par rapport à la nécessité de construire autrement nos modèles économiques, sociaux, … notre rapport aux autres et à la nature. Est-ce que ce que nous faisons au quotidien est suffisant ? Pêchons-nous par excès de passion dans ce que nous faisons ? Comment en faire plus ? Comment être sûre que nous sommes dans la bonne direction ?

Bien loin de ressortir tous mes livres de Philosophie que j’affectionne énormément pour y trouver des réponses et des concepts, j’ai préféré faire un état des lieux et vous le partagez pour mesurer ensemble le chemin que nous avons parcouru jusqu’à aujourd’hui.

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’industrie textile il y a 12 ans, au milieu de mes travaux de recherches qui combinaient bio-nanotechnologies, neurosciences, philosophie, art, éthique, entre autres choses, et que l’idée de créer mon entreprise LTA a germé, il m’était apparu l’urgence d’agir : AGIR pour la filière textile française amenuisée mais riche d’un savoir-faire patrimonial de plusieurs siècles, AGIR pour produire autrement dans le respect de l’environnement, de la santé et des hommes, AGIR pour le bien de tous ! Programme ambitieux pour quelqu’un qui exerçait dans un milieu étranger au secteur industriel textile et quelque peu idéaliste, je le conçois, d’autant qu’à l’époque personne ne parlait et n’envisageait de responsabilité environnementale, ou RSE dans ce secteur.

J’ai donc construit une entreprise RESPONSABLE, fondée sur des valeurs qui me sont chères : le respect, la collaboration, l’entraide, la valorisation des savoir-faire, la protection de l’environnement et de la santé

Un qualificatif qui peut paraître pompeux, abstrait voire antinomique. Etre une entreprise responsable, que cela signifie-t-il ? Une entreprise dans l’imaginaire collectif est la meilleure vitrine du système capitaliste : un système oppressif (salariés et sous-traitants étant sous le joug du CEO et des actionnaires) dont le seul but est la création de valeurs financières et de bénéfices, quelques soient les conséquences sur l’homme & la nature, et dont l’étalon pour toute prise de décision est l’argent. Dire d’une entreprise qu’elle est responsable, c’est donc changer ses paradigmes, son fonctionnement interne pour créer avant la valeur financière (nécessaire au maintien de l’activité et aux emplois) des valeurs environnementale et sociale positives.

Etre responsable, c’est pour une entreprise faire attention aux impacts qui vont naître de ces décisions notamment lors de la mise au point des produits. Pour moi, cela veut dire qu’il faut peser le pour et le contre à chaque décision non pas uniquement sur la rentabilité financière d’une telle prise de décision mais sur l’impact environnemental, sanitaire et social. Le jeu n’est plus mené par la course effrénée et aveugle à plus de croissance. On mise ainsi sur le futur lointain, le bien de tous plutôt que sur le présent et le futur proche et le bien privé.

Être une entreprise responsable en France ne signifie pas que l’on joue totalement en dehors du système, notamment le système administratif. LTA se conforme à toutes les règles et obligations que lui impose l’administration française. C’est en agissant à l’intérieur d’un système que l’on peut le transformer peu à peu.

ETRE BIO

Dès les débuts, j’ai imposé à LTA de produire uniquement des tissus à base de fibres naturelles biologiques. Pour être responsable dans le textile, fini les fibres plastiques, les fibres artificielles, les fibres naturelles produites grâce à l’agriculture intensive. Nous sourçons consciencieusement notre coton bio et notre lin bio. Utiliser des matières naturelles cultivées grâce à l’agriculture biologique garantit l’absence de pesticides, herbicides, … dans les sols et les fibres, ainsi que des sols respectés. Le Bio, c’est bien. Mais on ne peut, au vue du nombre d’étapes de transformation et du nombre de produits utilisés pour faire un tissu, se contenter que du bio. Le bio en textile sans une filière de production responsable, cela ne suffit pas. Dès le début, nous avons fait la démarche d’être certifié GOTS (Global Organic Textile Standards) sur toutes les étapes de production des tissus : de l’approvisionnement du fil, en passant par le tissage, le lavage, la teinture, le blanchiment, jusqu’au conditionnement. Il est malheureusement très facile de faire au plus simple, moins coûteux et plus rentable en appelant ces produits Tissus Bio car les consommateurs ne s’arrêtent souvent qu’au mot bio et n’y voient que du feu. Or cette mention pour le textile en France n’a rien d’officiel et l’on peut vous vendre tout et n’importe quoi sous cette jolie mention accrocheuse.

Nous sommes certifiés GOTS depuis 10 ans avec un audit annuel de l’ensemble de la chaîne de production par Ecocert Greenlife SAS. Cela garantit à nos clients que l’ensemble du processus correspond au cahier des charges en vigueur, teintures comprises. Ce cahier des charges nous impose une vigilance et une écoconception très poussée de tous les jours. En plus de la R&D que nous effectuons pour continuer à être certifiable GOTS, j’ai mis en place un 2nd cahier des charges interne plus contraignant que le GOTS :

  • Des matières naturelles issues de l’agriculture biologique mais certifiées Fair Trade

  • Aucun mélange avec des matières synthétiques comme l’élasthanne (qui est autorisé avec le GOTS) ou artificielles telles que la viscose

  • Des tests de durabilité pour chaque tissu

  • Une créativité tournée vers l’éco-design plutôt que vers les tendances pour la permanence du catalogue

  • Aucune production sur-mesure ne peut être faite en dehors du cahier des charges GOTS et du cahier des charges interne

  • L’utilisation uniquement d’apprêts mécaniques

  • Un tissu doit toujours être compostable.

Nos tissus ne sont pas uniquement bio. Ils sont bien plus : ils ont un impact neutre sur l’environnement et la santé et un impact positif sur le social.

41

11
1

PRODUIRE AUTREMENT

L’industrie textile actuelle est montrée du doigt pour sa capacité de surproduction hors de contrôle, ces stocks qui croissent à vue d’œil. Depuis 2 ans, un fait s’est répandu sur les réseaux, les blogs et les médias : on jette les rouleaux de tissus qui ne trouvent pas de preneurs, on gâche, on brûle. Si il est vrai que le système actuel allie une croissance exponentielle des collections et de la demande de tissus, il existe depuis des décennies un système de reprise des invendus tissus pour les industriels du textile : les déstockeurs, qui achète pour quelques centimes le kilo des kilomètres de tissus, les productions non conformes, les productions classées 2nd choix. Nous avons fait le choix chez LTA de ne pas gâcher la matière, précieuse de surcroît, en produisant toujours plus. Une production raisonnée s’est imposée comme une évidence : raisonnée car les références du catalogue permanent sont disponibles d’année en année – le stock ainsi produit ne connaît pas de date de péremption, et aussi car les références sur-mesure sont produites à la demande et selon des minimums de commande très bas pour le secteur ne rejetant pas sur le client la responsabilité des tissus produits et du devenir de rouleaux non utilisés. Nous ne jetons aucun tissu ! Si il nous arrive de tomber sur quelques métrages de 2nd choix pour des défauts de tissages ou d’ennoblissement, nous les utilisons pour faire les échantillons. Les seules chutes de tissus produites que nous ne vendons pas sont issues de la coupe des échantillons et sont maitrisées dans leur quantité. En effet sur une année, nous produisons seulement 10.85 kg de chutes de tissus, parfaitement compostables sur plus de 25km de tissus produits.

J’en profite d’ailleurs pour vous dire qu’il n’est pas utile de nous faire un email pour nous demander de vous donner nos rouleaux qui sont sur le point de finir à la poubelle pour créer votre collection de PAP ou d’accessoires. Grâce à une bonne gestion et une production raisonnée nous n’en avons pas ! Les emails fusent depuis que ce fait isolé a été repris comme une généralité sur les réseaux.

Concernant la production, plus de la moitié des sites utilisent de l’électricité verte et l’ensemble des sites de production utilisent l’énergie calorifique des machines pour chauffer le reste des bâtiments et bureaux. Concernant l’eau pour la teinture, elle est prélevée dans la rivière voisine. Est utilisée la juste quantité d’eau selon le coloris de teinture ou le lavage. Les sites sont équipés d’un centre de traitements des eaux d’ennoblissement qui a l’obligation légale en France de rejeter une eau (et bien souvent plus pure qu’en amont du processus). La sous-préfecture contrôle trimestriellement les quantités d’eau utilisées et la qualité rejetée (des tests sont effectués quotidiennement). Le fait que le processus entier correspond au cahier des charges GOTS facilite grandement le retraitement des eaux usées.

1

3

LA REPRISE C’EST FACILE

Produire bio, être certifié GOTS, produire de façon raisonnée, récupérer les emballages des rouleaux, les tubes carton et les réutiliser… c’est bien. Mais je n’étais pas satisfaite. Quand on a fini de travailler sur un chantier, il y a toujours un autre chantier dont il faut s’occuper où l’on peut faire mieux. J’ai été longtemps embêtée par le gâchis que représente les planches cartonnées ou bolts des tissus conditionnés pour les merceries que nous utilisions. Une fois le tissu vendu en boutique, cette planche carton toute belle finit ses jours au mieux dans le stockage de la boutique au pire dans la poubelle cartons. En 2017, nous avons entrepris de travailler à solutionner ce souci de déchets dont nous étions l’une des causes et donc responsables même si les planches carton étaient contrôlées par Ecocert lors de notre audit annuel avec l’obligation d’être FSC PEFC et recyclées. Cet exemple d’économie linéaire me déplaisait grandement. Nous avons trouvé une solution toute simple : la reprise des bolts usagés qu’ils viennent de nos tissus ou d’autres fournisseurs. Le programme Ma Mercerie Engagée a été mis en place fin 2017 auprès de l’ensemble de nos revendeurs en France dans un 1er temps, puis pour la Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg et les Pays-Bas. Nos merceries nous retournent donc des cartons pleins de planches carton vides en bon état grâce à l’étiquette de transport que nous leur fournissons. Nous réutilisons désormais ces bolts vides à 100% pour nos conditionnements spécifiques boutiques depuis fin 2018 grâce aux retours effectués ! Nous avons déjà récupéré pour 2019 plus de 900 bolts et sommes fières de l’engagement des merceries qui s’impliquent dans ce petit geste pour tous !

1

5

PRIX JUSTES

Comme je l’avais déjà expliqué dans l’article « Un mètre de tissus biologique = quel impact sur l’emploi en France ? », 98% de la valeur ajoutée de nos tissus est réalisée localement en France. Chaque mètre de tissu soutient 145 emplois sur l’ensemble de la production. Et désormais, il faut 7.15 km pour créer ou maintenir un emploi au sein de cette filière. Nous sommes au sein de LTA désormais 5 personnes : Françoise, qui vous répond par email et par téléphone et qui est votre 1er contact avec nous ; Tiphaine, qui s’occupe des clients professionnels, des partenariats et de la presse ; Clarisse, qui s’occupe du site internet, du graphisme pour la communication ; Thomas, qui prépare vos commandes et les demandes d’échantillons et moi-même, qui m’occupe de la conception & création des produits de la collection permanente et sur-mesure pour nos clients professionnels, de la R&D, du suivi et des audits GOTS, de l’administratif, …

55% du prix au mètre HT correspond à la matière 1ère, aux coûts de production (tissage + ennoblissement), au coût de la certification GOTS, au transport, à la location des locaux et aux machines.

20% du prix au mètre HT correspond aux salaires et charges sociales de l’équipe.

25% du prix au mètre HT représentent les investissements en R&D, le stock de tissus minimum, et la trésorerie pour faire face.

Depuis quelques années, LTA est devenue une ESS, ou entreprise de l’Economie Sociale et Solidaire. Cela a été inscrit dans l’ADN de l’entreprise avec le changement de forme juridique de SARL à SAS en 2018 grâce à l’inscription dans nos statuts de plusieurs points :

  • Egalité des salaires sur un même poste entre homme et femme (ce qui devrait être le cas partout)

  • Ecart des salaires réduit et contrôlé entre le salaire le plus bas et celui le plus haut

  • Distribution des bénéfices prioritairement au maintien et à la pérennité de l’activité et régulation de la distribution des dividendes à nos actionnaires

  • Gouvernance démocratique avec les salariés : chaque salarié a un pouvoir de vote et participe avec tous aux prises de décision impactant son environnement de travail. Chaque salarié est invité à proposer ses idées et solutions sur différentes problématiques au sein de l’entreprise.

1

3

Si je regarde ces 10 dernières années, il a été plutôt facile, si je compare LTA à une structure existante plus conséquente, de mettre en place ces solutions, car elles étaient nécessaires pour respecter le cœur des valeurs qui fondent LTA, même si leur effectivité a été plus ou moins ralenti par la taille de l’équipe (on ne peut pas être partout) ou le manque de moyens financiers. Nous n’avons pas fini de travailler dans le bon sens et chaque jour devient un nouveau jour pour AGIR. Néanmoins, il est important pour moi de faire ce jour l’état des lieux de ce qui a été accompli, de la partager avec vous car n’étant pas dans les coulisses de LTA, il vous ait impossible de le savoir, et de nous redonner grâce à cette mise en perspective, à tou(te)s, une bouffée d’air pur nécessaire pour sortir de cette éco-anxiété ambiante et lancinent.

Nous ne faisons pas que du BIO, nous faisons bien plus au quotidien grâce à vous !

Amandine

Soyez le Premier à Commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.